S.V.T. Seconde Biologie - Cytologie

déforestation

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Source : IRD (institut de recherche pour le développement)


Madagascar : la forêt en danger

La déforestation est à Madagascar l'une des plus alarmantes du monde tropical. Dans le sud et le sud-ouest de l’île, la culture du maïs sur abattis-brûlis est la cause principale de la régression de la forêt qui, particulièrement importante dans cette région, s’accroît d’année en année. Des chercheurs de l'IRD (Institut de recherche pour le développement) et du CNRE (Centre national de recherche sur l'environnement de Madagascar) se sont interrogé sur la possibilité d’une régénération de la forêt après l’abandon des cultures. Il semblerait que, contrairement à ce que l’on observe souvent en zone tropicale humide, le processus de déforestation, à l’origine d’une nette diminution de la biodiversité végétale, soit irréversible dans cette partie de la Grande Ile.

Plus de 20% du territoire malgache est recouvert par la forêt, ce qui représente environ 13 millions d'hectares. Aujourd'hui, la déforestation atteint des proportions inquiétantes. Chaque année, quelque 200 à 300 000 hectares de forêt disparaîtraient. Ce processus s'est récemment intensifié, tout particulièrement dans le sud et le sud-ouest de l'île. Dans la forêt des Mikea par exemple, les surfaces déboisées ont quadruplé depuis la fin des années 1980. Dans le cadre du programme Gerem (Gestion des espaces ruraux et environnement à Madagascar), des chercheurs de l’IRD et du CNRE ont étudié l’évolution de l’écosystème forestier en relation avec les dynamiques agraires dans cette région de Madagascar.

Dans le sud et le sud-ouest de la Grande Ile, la déforestation est à imputer, en grande partie, au développement de la culture du maïs sur abattis-brûlis, appelée localement “ hatsake ”. Cette agriculture “ pionnière ” se développe rapidement aux dépens de la forêt sous l’effet de plusieurs facteurs : une pression démographique accrue du fait de l’arrivée de migrants, une saturation foncière des terres les plus fertiles consacrées aux cultures intensives, le relâchement du contrôle par l’Etat des défrichements forestiers. Enfin et surtout, culture vivrière à l’origine, le maïs est devenu une culture principalement commerciale, pour répondre aux besoins du marché national et de celui de l’île de la Réunion. De ce fait, la culture du maïs ne cesse de gagner sur la forêt.

Le hatsake n’est pas un système de culture durable. L'agriculteur défriche sommairement un espace de forêt qu'il brûle et, dès les premières pluies, sème le maïs. Au cours des trois premières années, si les conditions climatiques sont favorables, les rendements sont satisfaisants (ils peuvent dépasser 1500 kg de grains par hectare), sans que le travail investi soit important, un atout compte tenu des surfaces cultivées. Mais, par la suite, ils ne cessent de diminuer pour atteindre des niveaux très bas (moins de 500 kg par hectare) après cinq à six années de culture. Cet effondrement s'explique par un appauvrissement des sols et l’envahissement des parcelles par les mauvaises herbes. Ces dernières pourraient être éliminées par un important travail de sarclage, rarement réalisé du fait de l’étendue des terres mises en culture. Les agriculteurs se contentent le plus souvent de brûler les pailles de ces mauvaises herbes en fin de saison sèche, pour en limiter la prolifération. Après avoir cultivé une même parcelle pendant 5 à 10 ans, l'agriculteur se trouve contraint de l'abandonner au profit d'une nouvelle défriche.

La forêt peut-elle se reconstituer après l’abandon des cultures sur abattis-brûlis ? Pour répondre à cette question, les chercheurs ont, à l’aide d’une série d’indicateurs relatifs à la végétation et aux sols, suivi l’évolution de certains sites d’abandon cultural plus ou moins ancien (de 2 à 30 ans). Les résultats concluent à l'irréversibilité de la déforestation. En effet, aux cultures abandonnées se substitue une savane boisée, et l’écosystème forestier ne se reconstitue pas, même après 30 ans de friches. Devenue une composante structurelle de l’écosystème, l’herbe empêche en outre la remise en culture de ces friches par la pratique du hatsake. Dans le cadre du programme Gerem, les chercheurs étudient la possibilité d’autres types de systèmes de culture afin que la durée d’exploitation des terres puisse se prolonger et les friches être à nouveau cultivées avec des niveaux de productivité acceptables.

Pourquoi n’observe-t-on pas dans le Sud-Ouest malgache, comme dans la plupart des régions tropicales humides, un retour de la forêt ? D’une part, les terres abandonnées par la culture sont réaffectées à d’autres usages (paturâge, prélèvement de bois d’œuvre et d’énergie) et régulièrement parcourues par des feux de brousse. D’autre part, les conditions climatiques plus arides du sud malgache induisent une dynamique plus lente de la végétation. Enfin, la fragilité et la faible compétitivité de la flore forestière endémique ne concourent pas à la reconstitution de forêts secondaires.

La déforestation à Madagascar demeure parmi les plus préoccupantes du monde tropical. Bien que son coût écologique n'ait pas été entièrement évalué, quelques points peuvent d'ores et déjà être mis en avant. L’érosion de la biodiversité s’avère très élevée. Selon une estimation réalisée dans la forêt des Mikea, la déforestation s’accompagne de la disparition de 75% des espèces végétales originelles, parmi lesquelles des espèces de grande valeur économique, exploitées comme bois d'œuvre ou utilisées comme plantes médicinales. Un fait d'autant plus alarmant que les forêts malgaches abritent la quasi totalité des espèces endémiques de l'île.


POUR EN SAVOIR PLUS

Contacter
Michel Grouzis (écologue) : IRD-Madagascar, BP. 434, 101 Antananarivo, Madagascar, tél. : 00 261 20 22 645 08, fax : 00 261 20 22 369 82, e-mail : grouzis@ird.mg

Pierre Milleville (agronome) : IRD-Madagascar, BP. 434, 101 Antananarivo, Madagascar, Tél : 00 261 20 22 695 92, fax : 00 261 20 22 369 82, e-mail : millevil@represent.ird.mg

Bibliographie
Milleville P., Grouzis M., Razanaka S., Razafindrandimby J., 1999 – Systèmes de culture sur abattis-brûlis et déterminisme de l’abandon cultural dans une zone semi-aride du sud-ouest de Madagascar. In : Actes du colloque La jachère en Afrique Tropicale : rôles ; aménagements ; alternatives. Dakar, 13-16 avril 1999.

Grouzis M., Milleville P., Razanaka S., 2000 – Exploitation du milieu et dynamiques écologiques. In : Sociétés paysannes, dynamiques écologiques et gestion de l’espace rural dans le sud-ouest de Madagascar. Rapport scientifique final, comité SEAH, CNRS.

Actes de l’atelier “ Sociétés paysannes, dynamiques écologiques et gestion de l’espace rural dans le sud-ouest de Madagascar ”, Antananarivo, 8-10 novembre 1999, à paraître.

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Claire Lissalde - uniquement pour l'obtention d'images
Tél. : 01 48 03 78 99 - courriel : lissalde@paris.ird.fr


Last modified: Thursday, 18 February 2016, 11:54 AM
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